L’histoire de Véronique

mariee-eau-sousleau-copie

Le gynécologue avait été formel.

– Vous savez Madame Geoffroy, passé un certain âge, la graisse abdominale est très dangereuse pour la santé. Vous risquez des problèmes cardiaques, du diabète, de l’hypertension… Il faut prendre cela très au sérieux. Ce n’est pas juste une question d’esthétique. Bon, vous allez m’éliminer tout ça vite fait bien fait, et je vous revois la prochaine fois avec huit kilos de moins !

Il en avait de bonnes le gynéco. Huit kilos en moins. Comme si c’était facile ! Elle avait déjà essayé de perdre du poids. Et puis d’abord, qu’est-ce que ça voulait dire « passé un certain âge » ? Avait-elle déjà un pied dans la tombe ? Cinquante-trois ans, ce n’était tout de même pas si vieux ! Le moral en berne, Véronique maugréait, se demandant si elle ne ferait pas mieux de changer de praticien. Ce n’était pas la première fois qu’il lui faisait la leçon et ça commençait sérieusement à l’énerver.

Lire la suite

L’histoire d’Éva

eva2

J’ai été lâche.
Pour éviter de prendre des décisions qui auraient pu s’avérer difficiles, j’ai refusé d’admettre qu’Éva avait un problème. Pourtant qui d’autre que moi, sa grande sœur, aurait pu la sortir de cette situation ?
Nos parents sont morts brutalement il y a longtemps déjà. On a grandi auprès de notre grand-père paternel. Un homme irascible et pingre qui nous a vite fait comprendre l’âpreté de la vie. J’ai toujours veillé sur Éva. J’ai toujours essayé de la préserver des épreuves, et j’y suis toujours parvenue. Jusqu’à ce jour maudit. Ma faiblesse nous a conduites au pire. Je me sens si coupable.

Lire la suite

L’histoire de Marcel

grand-mere-et-enfant

La vieille se tenait debout au fond du jardin, la main en visière sous le soleil brûlant. Elle fixait un point à l’horizon, quelque part dans la vallée. Marcel, qui observait sa grand-mère de loin, percevait la tension de sa posture. Quelque chose d’anormal était en train d’arriver.

– Marcel ! Marcel ! Viens don’ voir vite ! Cria-t-elle.

L’enfant courut aussi vite que le permettait sa faible constitution.

– Regarde ! Dit-elle, bras tendu et index pointé.

Une colonne allemande de chars et de voitures blindées serpentait lentement sur la colline d’en face, sur l’unique route menant à leur ferme. Marcel n’avait jamais vu l’ennemi mais il savait ce qu’on en disait. La peur lui laboura le ventre.

Lire la suite