L’histoire (vraie) de Bouli

J’ai envie de vous parler de Bouli. J’ai déjà eu l’occasion de parler un peu de lui sur Instagram mais pas ici…

Alors voilà…
Un jour, ce chat noir et blanc (qui ne s’appelle pas encore Bouli), se pointe à la fenêtre de notre salle de bains. Cela n’a rien d’exceptionnel. Dans ma ville il y a beaucoup de chats qui traînent. Mes voisins en ont d’ailleurs adopté plusieurs (dont un qui louche et un qui n’a que trois pattes). Lorsque ce matou arrive, il n’est pas vraiment le bienvenu car nous cohabitons déjà avec deux chiens et une chatte (Fantine, qui est une véritable peste). Sans pour autant le chasser, nous nous abstenons de lui donner à manger et de lier connaissance de quelque façon que ce soit avec lui. Il est plutôt sauvage et ne cherche pas à rentrer dans la maison. Il se contente d’attendre que nous nous décidions à lui donner quelque chose. Fantine lui crache à la figure régulièrement, mais cela n’a pas l’air de le gêner. Il attend sur notre bord de fenêtre, ou sur un mur tout proche, pendant des heures qui se transforment en jours puis en semaines… Parfois, il s’absente, mais il finit toujours par revenir. Il me fait de la peine. Je le trouve maigre et esseulé, mais mon mari reste campé sur sa position. « Non, ça suffit ! On a déjà trop d’animaux ! »
L’hiver arrive. Il fait froid. Il pleut. Un soir, je craque et je lui donne des croquettes. À partir de ce moment-là, il ne quitte plus notre fenêtre. Mais il ne s’aventure jamais dans la maison. Il est même assez difficile de le toucher. Je me dis qu’après tout, ce chat peut être le nôtre sans l’être, qu’on peut le nourrir sans vraiment l’adopter (ce qui est assez stupide, je l’admets). Et puis, mon mari n’a pas tout à fait tort. Deux chiens et un chat c’est déjà beaucoup de boulot. C’est un engagement sur le long terme car nous ne sommes pas de ceux qui déposent leur animal en lisière de forêt dès que ça devient trop compliqué.

Un jour, en me rendant chez ma vétérinaire (qui est une femme formidable et qui fait ce métier par amour des bêtes et non par appât du gain), j’évoque Bouli (qui ne s’appelle toujours pas Bouli à ce moment-là) et je lui montre une photo prise avec mon téléphone. Elle s’exclame :
– Oh, mais ce chat-là n’est pas du tout abandonné, je l’ai déjà vacciné ! Il a une famille !
Je n’en reviens pas. Que fait donc ce chat devant chez moi en permanence ? Pourquoi ne rentre-t-il pas chez lui ? La véto me donne le numéro de ses maîtres qui habitent à une centaine de mètres de chez nous. Le soir même je les appelle. Je tombe sur un homme qui me dit avoir cherché le chat partout. « On le croyait mort. Ma fille sera très contente ». Il me demande de mettre le chat dans une caisse afin qu’il puisse le récupérer le lendemain.
Le jour dit, comme prévu, l’homme vient chercher l’animal. On le transfère de ma caisse à la sienne (j’en avais bien bavé pour l’attraper !) La petite fille, qui doit avoir sept ou huit ans, a l’air contente de le retrouver. Quant à son père… il me reproche à demi-mot de l’avoir nourri et sous entend poliment que c’est de ma faute si leur chat n’est pas revenu. Je reconnais mon erreur, mais je lui fais quand même remarquer que j’ai attendu vraiment très longtemps avant de lui donner à manger. Bref. Tout rentre dans l’ordre…

Mais quatre jours plus tard, Bouli (qui ne s’appelle toujours pas Bouli à ce moment-là) revient. Il colle sa petite bouille contre la vitre, les yeux implorants. « Bon sang, le voilà de retour ! » Crie mon mari. Personnellement, je dois reconnaître qu’il m’a manqué pendant ces quatre jours. Je suis déjà attachée à lui. Mais bon, ce chat appartient à quelqu’un donc hors de question que je me l’approprie. De nouveau, je le laisse patienter sur la fenêtre. Et là encore, ça dure des lustres. Je me dis que son ventre vide va bien le pousser à rentrer chez lui. Mais non. Il me fixe de ses yeux tout ronds, stoïque, même sous la pluie. Une saison passe. Je m’étonne que ses maîtres ne me téléphonent pas. Pour ma part, je n’ai pas envie de le faire car je ne tiens pas à subir de nouvelles remontrances. Au début de la saison suivante, n’y tenant plus, je recommence à lui donner à manger. Je me dis « Ben tant pis ! Après tout, s’ils veulent leur chat, ils n’ont qu’à me téléphoner ». Le temps s’écoule. Bouli (qui ne s’appelle… non, je deviens lourde, là) s’acclimate doucement à notre famille et rentre à l’intérieur en marchant sur des œufs.
Un jour, alors que je suis chez la véto pour vacciner notre chien, je lui parle du chat. Les vacances d’été approchent et je m’inquiète de son sort. Elle s’écrie :
– Oh ! Ce n’est pas possible !
– Qu’est-ce qui n’est pas possible ?
– Vous ne parlez pas du chat noir et blanc ? Celui qui a une petite tache noire près des moustaches ?
– Si… pourquoi ?
– Oh, mais ce n’est pas possible !
– Mais qu’est-ce qu’il y a ?
– Il y a que ses maîtres ont déménagé ! Ils sont partis dans le Sud. Ils n’habitent plus là depuis des mois !
– C’est pas vrai !
– Si ! Ils sont partis sans leur chat, admet-elle, dépitée.
– Merde !
– Comme vous dîtes !
– Qu’est-ce que je vais faire maintenant ?
– Je n’aurai jamais cru ça d’eux, continue-t-elle.
– C’est la tuile ! Et c’est bientôt les vacances en plus !
– Madame Exbrayat, me dit la véto d’un ton plein d’entrain montrant que malgré cette déception sur la race humaine il faut aller de l’avant, vous n’avez pas trente-six solutions. Vous ne pouvez pas laisser ce chat dans une situation aussi bâtarde. Soit vous l’adoptez pour de bon, soit vous le déposez dans un refuge !
– Je ne pourrais jamais l’amener dans un refuge !
– Bon, alors vous l’adoptez, me dit-elle en souriant.
– Mais mon mari n’en veut pas…
– Oui, oui… je le connais votre mari. Je suis sûre que vous allez arriver à le convaincre…

En rentrant à la maison, je me précipite à la fenêtre de la salle de bains. Le chat est là, fidèle au poste. Je lui ouvre. Je dépose des croquettes dans sa petite écuelle. Il pénètre dans la pièce tout doucement, en jetant des coups d’œil partout. Je le caresse. Il ronronne. Et voilà… il s’appelle Bouli. Il fait partie de notre famille.
Mon mari a râlé pendant quelque temps. Maintenant, il s’inquiète si Bouli n’est pas rentré à la maison le soir. Bouli est gentil. Bouli a énormément grossi. À cause de sa période ventre creux, il mange beaucoup (et de tout !) et n’arrive pas à se réguler tout seul. Bouli ronfle quand il dort. Fantine lui crache toujours dessus. Parfois, elle lui griffe le nez. Bouli se laisse faire. Il se contente de fermer les yeux. Bouli est un pacifiste. Et puis aussi… Bouli a un don exceptionnel. Jamais je n’avais vu un chat faire ça. Mais je ne vous en dit pas plus. Promis, je vous en reparle la semaine prochaine. Je vais même faire une vidéo pour vous montrer ça.

4 commentaires sur “L’histoire (vraie) de Bouli

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