Des nouvelles de Madame La Boulangère

Voici une nouvelle qui ne va pas réjouir ceux qui aiment la production de notre petite boulangère : la livraison du nouveau pain prévue au printemps prochain n’aura sans doute pas lieu.

(Je conçois que ce message puisse paraître sibyllin à ceux qui ne sont pas abonnés à mon blog. Pour une session de rattrapage, le dernier article relatif aux aventures de Madame La Boulangère est ici. D’une manière générale, vous pouvez retrouver tous les articles relatifs à « Mon odyssée » dans la catégorie du même nom).

Cette parenthèse étant fermée, retournons à nos miches (de pain, hein !) Voilà plus de quatre mois que notre boulangère n’a pas été livrée en farine. Les clients continuent pourtant de se présenter à la porte de son petit commerce, mais la porte est close, puisque sans farine, Madame La Boulangère ne peut fabriquer son pain. Éconduire des clients, c’est vraiment frustrant, surtout quand on a travaillé comme elle l’a fait.

Heureusement pour elle, un minotier appréciant son pain a décidé de reprendre sous son aile la première miche créée par notre boulangère, atténuant ainsi un peu sa peine. Il a donné un nouveau look à la miche et l’a mise en vente dans toutes ses boulangeries spécialisées, pour le plus grand plaisir de Madame La Boulangère.

Il n’empêche que cette situation ubuesque a poussé Madame La Boulangère à réfléchir. (Oui de temps en temps, elle s’arrête de foncer tête baissée pour se poser des questions). Doit-elle continuer de travailler avec ce meunier ? Elle est capable de faire plein de choses sans rien demander à personne : promouvoir son pain, aller le vendre dans toutes les foires de France, mais fabriquer sa farine… elle ne peut pas le faire. Les questions caracolent dans sa tête. Changer de meunier pourrait présenter un risque car même si les clients apprécient son pain, elle reste une toute petite boulangère peu connue. Il se peut donc qu’aucun autre meunier n’accepte de lui livrer de la farine. Les minotiers sont bien moins nombreux que les boulangeries (qui elles, pullulent). N’est-il pas plus raisonnable de se contenter de ce meunier ? Et pourquoi ne pas fabriquer sa propre farine comme font de nombreuses boulangeries aujourd’hui ? N’est-on pas mieux servi que par soi-même ? Mouais. Ça dépend. Là encore, c’est un risque à courir. Les boulangeries ne doivent-elles pas prendre tous les risques aujourd’hui, justement parce que les minotiers sont frileux ? Madame La Boulangère réfléchit. Elle réfléchit tant, que ça lui en donne mal à la tête. Plus largement, Madame La Boulangère songe à sa vie et à la conception qu’elle en a, et se dit que malgré son âge (elle n’est pas toute jeune la pauvre), elle n’est pas encore prête à se contenter d’un « à peu près ». Elle n’est pas non plus prête à subir ce que certaines boulangères (et boulangers) subissent sans rechigner. Elle ne veut pas se retrouver comme eux, la trouille de se retrouver sans minotier chevillée au corps. Elle risquerait de ne plus supporter son reflet dans un miroir. Elle est combative la bourrique. Combative ou naïve.  Elle aime être libre ou croire qu’elle l’est . Alors la décision est prise, même si c’est une décision contrainte, elle va essayer de trouver une solution, par exemple en  cherchant un nouveau meunier, ou en se débrouillant seule. La conséquence est que le nouveau pain risque fort de ne pas être fabriqué pour le printemps, mais une nouvelle page blanche est à écrire. Parfois il faut savoir reculer pour mieux prendre son élan.

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