Johnny et nous

Dans ma famille…

On n’était pas fan de Johnny. Ce n’est pas qu’on ne l’aimait pas, mais on n’achetait pas ses disques, on n’allait pas à ses concerts, on ne voyait pas ses films juste pour voir les films où il jouait. Pourtant, il y avait toujours chez nous une sorte d’admiration. Un concert était retransmis et on s’exclamait « Quelle bête de scène ! », il passait dans une émission télé et on disait « Quel homme ! », ses frasques faisaient la une des journaux à scandale et on pensait « Il a bien raison Johnny, on n’a qu’une vie ».

Dans ma famille…

Ma mère a trois années de plus que Johnny, et quand elle était jeune, elle l’a rencontré plusieurs fois. Lui, faisait partie de la bande de La Trinité, elle de la bande Saint-Lazare. Ces bandes se croisaient parfois. La première fois, elle a vu Johnny dans une soirée donnée chez un particulier. Il jouait de la guitare dans le salon. Déjà des groupies s’étaient rassemblées autour de lui. Ma mère m’a dit « Quand je l’ai vu, je me suis tout de suite dit qu’il allait percer. Il en jetait ! »

Dans ma famille…

On regardait les shows de Maritie et Gilbert Carpentier et on s’extasiait sur Johnny et ses costumes brillants, ses pattes d’eph et ses pattes d’oies. Moi, je chantais ses refrains à tue-tête. J’ai toujours connu Johnny et je connais ses chansons, même si je n’achetais pas ses disques.

Dans ma famille…

Johnny faisait partie de notre paysage. On n’était pas fan mais il faisait partie de notre quotidien. On n’avait pas de posters sur les murs, mais il était là quand même, comme la baguette à table, comme quelque chose d’immuable, d’éternel… comme notre patrimoine.

Dans ma famille…

Ce matin, ma fille a toqué à la porte de ma chambre à 5h30. Elle a murmuré « Maman… Maman, Johnny est mort ! » Je savais que c’était imminent. J’avais vu les larmes d’Amanda Sthers dans une émission, et puis il y avait eu l’absence d’un plateau télé de sa fille Laura, parce qu’elle était au chevet de son père.

Foutue journée. Foutu début de semaine.

Alors je me suis levée et j’ai attendu avant d’appeler ma mère. J’ai dit « T’as vu, Johnny est mort ». Il y a eu un silence et j’ai compris qu’elle n’avait pas vu, que la télé et la radio étaient éteintes. D’une voix étranglée elle m’a fait répéter.  Alors j’ai répété en me disant que je ne devrais peut-être pas, que peut-être je devrais être près d’elle. Il y a encore eu un long silence puis elle a étouffé un sanglot. « Ça me fiche un coup ! » elle a dit. Puis elle a ajouté « J’t’avais déjà dit que je l’avais déjà rencontré quand j’étais jeune ? ». « Oui, Maman, tu me l’as déjà dit » Aujourd’hui, ma mère ne se rappelle plus qu’elle m’a raconté cet épisode de sa vie des dizaines de fois, parce que sa tête fout le camp. Parce que le temps passe et que tout le fout le camp. Parce que tout est voué à disparaître. Même Johnny !

2 commentaires sur “Johnny et nous

  1. Tout est juste. J’aimais bien Johnny, je n’ai jamais acheté de disques, je ne l’ai vu qu’une fois en concert il y a pas mal de temps 10, 15 ans? il n’était pas en forme, Je me suis dit c’est çà le Johnny dont tout le monde parle. Et puis les années ont passées, je l’entendais toujours, je m’y suis habituée et je me suis aperçue que dans le fond il me plaisait bien ce Johnny. Et pourtant je n’ai toujours pas acheté ses disques. Il va nous manquer, il était très présent dans notre vie, même si on dit le contraire. Au revoir Johnny, bonne route, avec ton rock n roll là haut tu vas pouvoir continuer à faire danser tes amis qui sont partis avant toi.

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