On ne gagne pas une course sans tomber

Souvent, il arrive dans la vie que les choses ne se passent pas toujours comme on les avait imaginées. Ceux qui me suivent de près connaissent le challenge que je me suis donné en 2015 : me consacrer entièrement à l’écriture et essayer d’en vivre (ceux qui le souhaitent peuvent retrouver tous mes articles sur ce sujet dans la rubrique Mon odyssée). Je me suis lancée dans cette odyssée en croyant être pleinement consciente de la difficulté énorme que cela représentait. En réalité j’étais loin du compte. Je suis vraiment une femme naïve. Dans mon petit esprit de moineau, j’avais imaginé que les deux plus grosses difficultés résultaient dans le fait de trouver un éditeur (les statistiques varient entre 1 à 3 % de chances d’y parvenir), et ensuite de se démarquer des milliers d’auteurs dont les livres sont noyés dans les librairies et surfaces spécialisées. Je planais à quinze mille !

Lorsque j’ai su que j’allais être publiée (et de surcroît pas chez un petit éditeur), je me suis fixé une ligne de conduite très simple : travailler comme une brute en publiant un livre par an et en ne lâchant jamais rien. Dans ma tête, publier un livre par an allait permettre de me constituer petit à petit un lectorat solide. Mes livres auraient certainement un succès inégal mais chaque nouveau roman allait offrir des lecteurs supplémentaires aux romans précédents. Et puis un jour, peut-être, serait arrivé LE livre. Celui qui remporte le succès et vous fait basculer de l’autre côté de la ligne, du côté de ceux qui gagnent leur vie. Mais non. J’étais loin du compte. J’ai pris conscience assez rapidement après la parution de Personne n’a oublié que réussir à publier un livre ne suffisait pas. Il fallait aussi que ce roman se vende si je voulais avoir une chance d’en publier un deuxième. Pour qu’un roman se vende, il faut bien sûr qu’il ne soit pas trop mauvais, mais surtout, il faut qu’il soit visible. Et pour qu’il soit visible ? Il faut que l’éditeur mette le paquet. Or nous sommes si nombreux nous les auteurs. Chaque année ce sont des milliers de livres qui sortent. Tout le monde ne peut pas être mis en avant. Lorsque j’ai compris que je ne bénéficierai d’aucune promotion, je ne me suis pas découragée. Mon livre était bien distribué, c’était déjà beaucoup (il est diffusé et distribué par Hachette). Alors j’ai fait des pieds et des mains. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain (salons, dédicaces), et auprès des journalistes que j’ai pu atteindre. Et ça a marché (merci aux blogueurs littéraires !) Personne n’a oublié s’est bien vendu (bien au-dessus de la moyenne). Mais hélas, il ne s’est pas très, très bien vendu. Résultat, c’est comme ça que mi-octobre je me suis retrouvée en rupture de stock (pour la deuxième fois). Il n’en reste plus (ou très peu) c’est très bien, mais en même temps il ne s’est pas suffisamment bien vendu pour que mon éditeur se précipite pour faire réimprimer (a priori il va le faire mais ce n’est pas pressé). Autrement dit, un livre sorti quelques mois plus tôt peut tout simplement disparaître. Et c’est là que j’ai pris un coup sur la tête ! J’ai compris que mon schéma et ma ligne de conduite s’effondraient. D’autant plus qu’entre-temps j’ai intégré d’autres paramètres (de ces paramètres qu’on apprend sur le terrain mais qui ne figurent dans aucun manuel) comme la cote des auteurs et celles des éditeurs par exemple, comme certaines clauses figurant dans les contrats d’édition qui vous lient pieds et poings, ou comme cette habitude bien française de vouloir vous faire entrer dans une case. Et donc là, je vous avoue que j’ai eu un petit coup de mou. Ma ligne de conduite s’était écroulée alors que j’avais tellement travaillé ! Je trouvais cela tellement injuste. Pendant quatre jours, j’ai eu le moral dans les chaussettes et pour la première fois depuis 2015, depuis que je me suis lancée dans ce pari fou, je me suis dit : « Je ne vais pas y arriver ». Puis je me suis ressaisie, sauf qu’au lieu de revoir ma ligne de conduite, au lieu de tracer un chemin à suivre, je suis partie dans tous les sens. J’ai commencé un roman pour la jeunesse, une comédie romantique (sous un pseudo), un recueil de nouvelles… J’avais plein de projets d’édition et d’autoédition aussi. Bref, n’importe quoi. Depuis j’ai posé les choses. J’ai intégré tous les nouveaux paramètres parce qu’ils sont là, ils existent, donc je dois apprendre à faire avec et m’adapter. Je ne suis pas à l’abri de devoir réajuster ma ligne de conduite au fil de mon avancée. Tout cela n’est pas simple, mais mon coup de blues passé, je crois que j’en sors renforcée et surtout j’y crois toujours. C’est le principal. Je suis persuadée qu’un jour je le pondrai ce livre qui change tout. Je suis persuadée qu’un jour, un de mes livres fera un film (pourvu que la santé suive !) Ne vous y trompez pas, ce n’est pas de la présomption de ma part. Je suis juste une petite fourmi qui croit très fort en elle. Je connais de nombreux auteurs pour lesquels c’est très difficile aussi, beaucoup sont atteints dans leur chair, beaucoup ont perdu la foi. Je veux à tout prix garder cette force en moi.

Je termine cet article avec cette petite information :

« D’après le rapport du Ministère de la Culture sur la situation économique et sociale des auteurs du livre, sur 101 000 auteurs du livre en 2013, seulement 12 000 ont un revenu annuel de plus de 8 000 € ». La statistique est certes un peu datée, mais très certainement pas loin des chiffres de 2017 (qui sont peut-être moins optimistes).

Je gagne à peine plus de 1 € par livre. Mon livre est vendu 18 €.

2 commentaires sur “On ne gagne pas une course sans tomber

  1. Ne te décourage pas en effet. La vie littéraire est loin d’être un fleuve tranquille et peut-être qu’il vaut mieux que ça arrive au début plutôt qu’après car la chute est d’autant plus rude.
    Parfois il vaut mieux avoir un petit éditeur indépendant. Il publie peu et soutient donc ses poulains. J’ai vu de jeunes auteurs publiés dans de très grandes maisons d’édition passés à la trappe car ils sont 15/20 pour chaque rentrée et la maison va toujours soutenir les « valeurs sûres » (ce qui est un peu con car ces valeurs se vendent toutes seules en général).
    Je te souhaite bon courage et j’espère que l’avenir sera meilleur 😊

    • Merci Virginie pour ton commentaire si avisé (que je prends comme un conseil). L’avenir ne peut être que meilleur car je suis plus avisée aujourd’hui qu’hier. Je gagne en expérience donc ça ne peut être que positif. Et puis tu sais, même si mon odyssée me tient énormément à coeur et occupe mon esprit 24h/24, je sais aussi relativiser (j’ai la chance d’avoir une famille en bonne santé). Merci encore et bonne soirée à toi 🙂

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