Comme une boulangère sans farine…

Imaginez :

Madame La Boulangère est une grosse bosseuse. Tous les jours, elle retrousse ses manches. Tous les jours, elle travaille et compte davantage sur elle-même que sur les autres. Tous les matins, y compris les week-ends, elle se lève tôt pour fabriquer son pain et le vendre dans sa boulangerie mais aussi sur les marchés, dans les magasins spécialisés, dans les grandes surfaces et même sur les réseaux sociaux… Tous les jours, notre petite boulangère ne ménage pas sa peine. Pour se faire connaître, elle court par monts et par vaux, traverse la France en tous sens pour vendre ses miches dans les foires (miches de pain, hein !) Elle ne compte pas les kilomètres. Ni les frais. À force de remuer ciel et terre, ça marche. Oh bien sûr, les miches ne partent pas par milliers mais tout de même… petit à petit, et parce qu’on lui trouve peut-être quelque goût à cette miche, on parle de son pain à droite et à gauche. Et ceci entraînant cela, eh bien son pain doucement se vend. Jusqu’au moment où, une première fois, le meunier, surpris, se retrouve à cours de farine et ne peut la livrer. Ce n’est pas de sa faute. Lui aussi travaille dur. Il a une grosse minoterie. Il fournit des dizaines et des dizaines de boulangeries et certaines beaucoup plus grosses que celle de notre petite boulangère, alors vous pensez…

Paniquée, notre boulangère fait de son mieux pour faire patienter la clientèle, mais la clientèle est versatile et c’est bien normal… Des boulangeries il y en a à chaque coin de rue alors pourquoi attendre que celle-ci rouvre ses portes ? Après deux longues semaines, le meunier livre enfin la farine tant attendue et la vie reprend. Notre boulangère retourne battre le pavé. Et puis au mois d’août dernier, ayant bénéficié de quelques publicités, notre boulangère sentant le vent venir, envoie un mail à son meunier. « Attention Monsieur Le Meunier ! Attention au manque de farine ! À l’automne je participe à de nombreuses foires, donc il faut que je puisse vendre mon pain ! »

Mais ce qui devait arriver, arriva. Le meunier, peu prévoyant et trop occupé par les grosses boulangeries, oublie de livrer la farine à notre toute petite boulangère. Elle est au désespoir la pauvre, et toute son huile de coude ne pourra, hélas, remplacer cette matière première. Alors bien sûr, le meunier dit à notre boulangère qu’il va de nouveau la livrer… mais quand il sera moins débordé.

Dépitée, notre boulangère se voit contrainte d’annuler toutes les foires qui étaient en pourparlers, et même celles déjà prévues. Parce qu’est-ce qu’une boulangère sans farine ? Ça n’est plus rien. C’est la mort assurée. Une boulangère sans farine c’est comme une pâtissière sans sucre, une plante sans eau… ou une romancière sans livre.

4 commentaires sur “Comme une boulangère sans farine…

      • Hello Stéphanie et si la boulangère songeait à changer de meunier ? La farine est peut sûrement de meilleure qualité ailleurs, d’autant que maintenant que la miche a été goutée et bien appréciée, il est peut être plus facile de trouver un meunier plus séduisant 🙂 et qui aimerait les belles miches 🙂

        • Bonjour Olivier. Merci pour votre message. Il est vrai que certains meuniers sont plus attirants, la qualité de leur farine est nettement supérieure (sans parler des services complémentaires qui me font rêver !) mais même si mes miches sont belles, il va tout de même falloir arriver à séduire ces meuniers qui sont très difficiles. D’autre part, mon meunier a fait en sorte que je ne puisse me fournir ailleurs aussi facilement. Le secteur de la boulangerie est vraiment impitoyable. Je m’en rends de plus en plus compte. Mais, je ne baisse pas les bras et reste une boulangère combative. Bonne journée !

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