Oui, je vis au pays de Mickey !

mickey

Il y a quelques années (presque dix ans en fait), j’ai eu l’occasion de suivre une formation de Home Staging. Nous étions une petite vingtaine de décoratrices d’intérieur réunies dans une salle de classe, toutes à la recherche du même but : pouvoir proposer cette prestation à nos clients. Durant ces trois jours, je me suis rapprochée d’une consœur qui semblait ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot (c’était loin d’être le cas de toutes). Elle avait l’air bosseuse, elle posait les bonnes questions, elle avait l’air pro. Tout à fait le genre de femme avec laquelle un partenariat semblait intéressant. Je parle bien de partenariat car rien chez elle ne m’aurait donné envie d’être sa copine. Assez hautaine. Superficielle. Une tendance à faire des sourires par-devant et dézinguer par-derrière. Bref, une morue. En revanche, je l’imaginais très à l’aise avec la clientèle et c’est ce qui me paraissait important. Il faut savoir que lorsqu’on est travailleur indépendant, on passe autant de temps à trouver de nouveaux clients qu’à effectuer les prestations qu’on a vendues. Son secteur à elle, c’était Paris intra-muros uniquement. Moi le 78, 91, 92. Il n’empêche que j’avais quand même des demandes hors secteur. Elle aussi. Pour éviter de perdre des prospects, j’avais proposé à cette fille de lui renvoyer mes demandes sur Paris. En échange elle me passerait celles qu’elle recevait sur mes départements. Cela me semblait être un système gagnant/gagnant. Je me souviens encore de sa réaction totalement incompréhensible.

– Quoi ? Non mais tu vis au pays de Mickey ou quoi ? S’était-elle exclamée.

Elle avait ensuite tenté de m’expliquer qu’on était dans un monde féroce, qu’elle et moi nous étions concurrentes, qu’en aucun cas on allait se refiler d’éventuels clients, ni même aucun tuyau de n’importe quelle sorte. Et elle avait de nouveau répété en me regardant d’un air ébahi : « Non mais alors toi, tu vis vraiment au pays de Mickey ! »

Je ne l’ai jamais revue. Je l’ai définitivement classée dans les filles sans intérêt. Même si je suis assez physionomiste, je ne suis pas certaine que je la reconnaîtrais si je la croisais dans la rue. En revanche, je me souviens bien de sa remarque. Tu vis au pays de Mickey ou quoi ?

Ceci m’amène à mon coup de gueule d’aujourd’hui.

Ceux qui me suivent connaissent mon odyssée (voir tous mes posts dans la rubrique Mon odyssée) mais pour ceux qui arrivent en cours de route, je dois faire un petit rappel. En janvier 2015, j’ai décidé de tout quitter pour ne plus faire qu’écrire avec le rêve de devenir écrivain, d’être publiée et de vendre des livres. Pari fou, je sais. Actuellement je suis en train de faire le tour des librairies de ma région et même de plus loin pour présenter mon livre (qui va être publié et qui paraîtra le 1er février). J’ignore complètement si cela se fait ou non. Toujours est-il que cela me semble être une bonne chose à faire selon le principe du « Aide-toi, le ciel t’aidera ». En tout cas il me semble que dans le pire des cas, cela s’avérera inefficace mais je n’ai pas le sentiment de pouvoir desservir mon livre. Selon les librairies l’accueil varie. Je sais qu’ils sont tous très sollicités et que compte tenu de la conjoncture c’est une profession difficile. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu de raisons de me plaindre. Oui j’ai bien eu quelques accueils froids ou indifférents ici et là mais rien d’anormal. Je suis lucide. Personne ne m’attend nulle part. Mais il y a quelques jours… je suis tombée sur une libraire… disons désagréable. En fait, j’allais vous retranscrire ici une partie de notre dialogue, mais elle a été tellement odieuse que j’ai peur que ça desserve l’ensemble des libraires. Je ne voudrais pas qu’on mette tous les libraires dans le même sac. Substantiellement, elle m’a dit que « des gens comme moi », elle en voyait toute la journée, que je n’étais pas la seule à vouloir vendre « ma sauce », qu’elle ne voyait pas pourquoi elle vendrait mon livre dont il était certain que l’espérance de vie ne dépasserait pas 24 heures et pour finir après que (à sa demande) je lui ai raconté une partie de mon histoire, elle a conclu pleine de morgue et de dédain : « Ah oui je vois le truc pourri. Harlan Coben quoi ! »

Bon, il est vrai que les statistiques donnent raison à cette libraire. Elle ne prend pas trop de risques à me parler d’espérance de vie et du nombre en constante augmentation de gens qui écrivent mais il y a quand même des façons de le dire. Quant à Harlan Coben, libre à elle ne pas aimer cet auteur. Pour ma part, je serai heureuse de vendre autant de livres que lui ! La façon qu’elle a eue de s’adresser à moi m’a fait me sentir comment dire… comme une pauvre fille naïve et idiote qui n’aurait absolument aucune idée du monde qui l’entoure, et ce sentiment m’a ramené plusieurs années en arrière face à la morue, lorsqu’elle m’a dit : Tu vis au pays de Mickey ou quoi ?

Et là devant cette libraire, je me suis rendu compte que cette question me collait parfaitement à la peau. Vivre au pays de Mickey, cela me caractérise. Eh oui je vis dans un monde où j’imagine que tout est possible à tout moment. Oui je crois que l’entraide fonctionne. Oui je crois que des gens qui ne se connaissent pas peuvent se filer un coup de main, juste comme ça, juste pour faire une bonne action, juste pour le plaisir de faire plaisir. Oui je crois qu’on peut réaliser ses rêves. Oui je crois au pouvoir du sourire. Oui je crois que tout le monde a le droit de faire ce qu’il veut de sa vie. Oui je crois que tout le monde peut saisir sa chance quel que soit son niveau d’études. Oui je crois que les gens ne sont pas faits pour rentrer dans des cases. Oui je crois que l’on peut changer de chemin en cours de route. Oui je crois en la générosité naturelle de l’homme. Oui je crois en la bienveillance et au respect. Alors oui, je vis au pays de Mickey c’est certain. Mais j’en suis fière. Et je veux y vivre jusqu’à la fin de mes jours. Et à ceux qui s’évertuent à vouloir me changer, ceux qui veulent éteindre mes rêves, aux aigris qui veulent que je me résigne je dis : laissez tomber, vous ne me changerez pas, vous n’y arriverez jamais.

La libraire, je l’ai laissée cracher son venin sans rien dire. Elle était bien bavarde. Elle employait des mots durs. Elle parlait fort pour que ses clients l’entendent, pour qu’ils assistent bien à la leçon qu’elle était en train de me donner, pour qu’ils soient au courant de sa grande expérience de l’édition. Elle ne pouvait pas se rendre compte que tout ce qu’elle arrivait à faire c’était les mettre mal à l’aise. J’ai même lu sur le visage d’un homme une expression de désapprobation. On ne parle pas aux gens comme ça. On n’est pas méchant comme ça. Elle aurait pu juste me dire qu’elle n’était pas intéressée par mon livre et me dire au revoir avec un sourire. Mais non. Il a fallu qu’elle soit mauvaise et méprisante. Je lui ai dit :

– Très bien. Merci. Au revoir Madame.

Je me suis dirigée dignement vers la sortie sous le regard désolé des clients. Je me sentais douchée. Et au moment où j’ai franchi la porte, elle m’a lancé :

– Et c’est quoi la fin de l’histoire ?

– Si vous voulez le savoir, vous n’aurez qu’à lire mon livre, j’ai répondu.

6 commentaires sur “Oui, je vis au pays de Mickey !

  1. C’est tellement facile d’être méchante … ça n’est qu’une « bonne femme » sans intérêt qui ne dois pas être très heureuse dans sa vie … on est si bien dans le monde de Disney 😊 !

    • Oups ! Désolée Corinne pour ma réponse tardive, je ne vois ton message que maintenant ! Oui tu as raison on est bien chez Mickey, c’est bien pour ça que je compte y rester 😉

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