Le désamour

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Je l’ai tellement aimée si vous saviez. J’aimais tout d’elle. Elle pouvait se montrer douce et silencieuse ou rouge de fureur prête à cracher des torrents de haine, j’aimais toutes ses saisons. Nous avons vécu longtemps ensemble. Pendant trente-six ans, nous avons partagé l’exaltation et la tristesse, le printemps et la pluie. Trente-six années c’est une enfance et une adolescence. C’est aussi une vie d’adulte. Ça laisse le temps d’apprendre l’autre, d’appréhender ses qualités et ses petits travers. J’étais si amoureuse que je la voyais toujours sous son meilleur jour même quand ils étaient gris. J’aimais la sentir. J’aimais être avec elle et passer des heures la nuit à arpenter le pavé des rues. Naïvement, je pensais qu’elle n’appartenait qu’à moi, que j’étais la seule à la connaître si parfaitement.

Les années ont passé et au fil du temps, elle devenait difficile à vivre. La nuit j’étais fatiguée, je ne pouvais plus lui consacrer tout mon temps. Le jour, elle me compliquait la tâche. Elle devenait capricieuse et prenait un malin plaisir à dérégler l’écoulement quotidien. J’étais exténuée de cette lutte perpétuelle pour rester avec elle. Tout devenait trop dur, trop complexe. Elle n’arrivait plus à m’offrir autre chose qu’un espace étroit où je peinais à respirer. Alors je l’ai quittée. Ce n’était pas de sa faute, mais l’existence n’était plus vivable. J’ai rassemblé mes affaires, j’ai tout mis dans ma voiture et je suis partie. C’était il y a onze ans.

Au début, je suis revenue la voir régulièrement avec, à chaque fois, un pincement dans le cœur. Je regrettai ma vie avec elle, même si je savais notre liaison impossible à renouer. À chaque fois, je la trouvais toujours plus lumineuse, plus belle, plus magique. Elle semblait ne pas vieillir. Moi, je commençais à m’affaisser mais elle continuait d’exhiber fièrement ses splendeurs. Elle n’est pas de celle que l’on quitte, alors forcement elle me narguait. Quand j’allais la voir le soir, elle m’emmenait en balade dans des coins que je découvrais pour la première fois. J’avais le cœur si gros en rentrant chez moi que pour me protéger, j’ai espacé mes visites.

Mais depuis deux ou trois ans, j’ai remarqué un changement chez elle. Elle n’est plus aussi apprêtée, plus aussi majestueuse. Je croyais que c’était un simple laisser-aller passager mais il y a quinze jours, quand je suis allée la voir, je l’ai trouvée agressive et bruyante. Je sais qu’elle a vécu des évènements terribles récemment et qu’il lui faut sans doute du temps pour s’en remettre, mais pour la première fois, elle était si irritante qu’à peine arrivée, j’ai eu envie de repartir. Et puis je vais vous dire, je l’ai trouvée sale. Oui, sale à tel point qu’elle sentait mauvais. Elle puait. Cela m’a fait un choc terrible. Je ne l’avais jamais vue dans un tel état et cela m’a beaucoup peinée. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Que s’est-il passé ? Je l’ignore mais je sais que je ne dois pas me voiler la face. C’est ce qu’elle est devenue et, à moins que quelqu’un ne la prenne en mains et l’amène à changer, c’est ce qu’elle est désormais : une ville sale, polluée, bruyante, remplie de bouchons et de parisiens agressifs et stressés.

Paris, c’est fini.

Et dire que c’était la ville de mon premier amour…

Un commentaire sur “Le désamour

  1. Chere madame,

    Merci pour votre article. Je partage votre avis. Paris est une ville affreusement sale, les gens manquent de civisme , dechets de toutes sortes et crottes de chien au milieu des trottoirs jonchent les rues… les espaces urbains et verts ne sont pas du tout entretenues, ca sent mauvais..
    Madame Hidalgo n a absolument rien fait de positif. A part essayer de se faire une reputation et donc se ridiculiser car elle n est pas du tout a la hauteur, elle devrait se concentrer sur les problemes concrets qui affectent la ville. J imagine le choc et la desillusion pour des touristes ayant reve de la ville Lumiere qui n existe vraiment plus.
    Vivement un maire vraiment competent.

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