La mésange et l’ogresse d’Harold Cobert

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Ce roman replonge dans la célèbre affaire Fourniret.

Michel Fourniret, c’est ce tueur en série qu’on a appelé « l’Ogre des Ardennes ». Il a violé et tué des jeunes femmes et des enfants entre 1987 et 2001 en France et en Belgique. C’est un pervers, un déviant sexuel, dont le parcours n’aurait peut-être pas fait tant de bruit sans sa femme. Car Monique Fourniret (aujourd’hui Monique Olivier), ne s’est pas contentée d’être sa complice par omission. Elle ne s’est pas contentée de faire l’autruche et de fermer les yeux sur les agissements de son mari. Non. Elle a, de son plein gré, aidé ce monstre de manière active en appâtant les victimes et en les « préparant » pour que son mari puisse en disposer.

Je me souviens du choc que j’avais ressenti lorsque la complicité de Monique Fourniret avait été dévoilée. Comment appréhender de tels actes alors qu’elle était femme, puis femme enceinte, puis mère ?
Cette question m’a longtemps hantée. C’est donc l’espoir de trouver une réponse qui m’a incitée à lire le roman d’Harold Cobert. Le bandeau disait : « Dans la tête de Monique Fourniret ». Et bien je peux vous dire que le bandeau tient sa promesse !

Harold Cobert a réussi un exploit. Il s’est glissé dans la peau de l’ogresse de façon surprenante. La vision qu’il propose semble si juste que j’aurai presque envie de lui proposer une séance d’exorcisme (Monique Fourniret, sort de ce corps !) Je devine l’incroyable travail de fourmi, et les recherches énormes qu’il a dû falloir pour en arriver à pouvoir à ce point s’immerger dans la tête de l’autre.

Enfin on voyage dans les méandres du cerveau de cette femme. On parvient à mettre des causes à ses actes. L’intuition d’Harold Cobert est époustouflante. Certes, cela reste une proposition que nous fait l’auteur, une version possible parmi tant d’autres, mais tellement plausible. Le cheminement qu’il suit est presque logique (même si on ne peut parler de logique dans l’horreur).

En commençant ce livre, j’en appréhendais la lecture. Étant hypersensible, j’ai ce sacré défaut de toujours absorber un peu la douleur et le malheur des autres (sans que hélas ceux qui souffrent en soient un tant soit peu soulagés).
Mais c’est là qu’Harold Cobert a réussi un second exploit. Tout en collant parfaitement à la réalité, l’auteur, qui fait preuve de pudeur en n’évoquant pas la douleur des familles, ni la souffrance des victimes, a fait de ce livre un vrai roman. La profondeur des personnages, le découpage très habile des chapitres, le choix de la narration (le commissaire, Monique Fourniret et un narrateur extérieur dès qu’il s’agit des faits) concourent à rendre le roman très haletant. Chaque chapitre donne envie de lire le suivant si bien qu’on ne peut s’arrêter avant la fin.

Et au final, on comprend un peu mieux qui est Monique Fourniret.

Mésange pour les uns, ogresse pour les autres. Pour moi, elle restera toujours la première femme qui m’aura fait dire à mes enfants : « Ne monte jamais en voiture avec un inconnu, même s’il est avec une femme, même si la femme est enceinte et même si elle est avec son enfant ! »

Retrouvez ici la chronique de Virginie (je crois qu’elle et moi avons les mêmes lectures en ce moment)

http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/08/24/34212609.html

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