Mesdames, ne nous laissons plus faire !

Black silhouette of a sleazy businessman harassing a shocked female colworker, EPS8 vector illustration, no white objects

Moi aussi j’ai eu à subir le sexisme au travail.

Je me souviens notamment d’un événement plus marquant que les autres.

J’ai exercé pendant quelques années la profession de décoratrice d’intérieur et coordinateur de travaux (coordinatrice devrais-je dire). Je ne travaillais qu’avec des hommes dans un milieu très machiste.

Un jour, sur un chantier où il y avait eu des problèmes avec les chevrons (pièces qui composent la charpente), un maçon qui travaillait avec moi fait venir un charpentier en urgence, car celui avec lequel je faisais équipe habituellement n’était pas disponible. Quand je vois le bonhomme pour la première fois, je m’avance vers lui pour lui serrer la main et me présenter. Et le type m’ignore complètement. Non seulement il ne me serre pas la main, mais en plus, il se comporte comme si je ne lui avais même pas adressé la parole ! Il ne me répond pas. Il ne me regarde même pas. J’insiste :

– Vous pensez qu’il va vous falloir combien de temps pour régler le problème des chevrons ?

Toujours rien. Je suis la femme invisible. À ce moment-là, il y a autour de nous sept hommes en plus du charpentier, et tous sont dans leurs petits souliers à faire semblant de s’occuper. Je me tourne vers le maçon et je lui demande ce qu’il se passe. Le maçon m’entraîne un peu à l’écart :

– Ah ! Faut pas lui en vouloir, il est comme ça Marc, il est de la vieille école. Pour lui, les femmes c’est à la cuisine, à la rigueur au secrétariat, mais ça ne donne pas des ordres sur les chantiers… (il était tout souriant le maçon, il avait même l’air de trouver ça rigolo). Mais tu vas voir, il poursuit, c’est un bon artisan, il bosse bien.

– Et comment je vais bosser avec lui alors ?

– Ben on verra ça ensemble, et ensuite je verrai avec lui.

Autrement dit, le maçon servirait d’intermédiaire pour éviter au charpentier tout contact avec moi. Non mais on rêve ! Et pourtant, croyez le ou non, mais pendant quelques secondes, j’ai été tentée d’accepter. Le chantier avait déjà un peu de retard et trouver dans l’urgence un bon artisan disponible, c’était très compliqué.
Mais là je ne pouvais pas laisser passer ça. C’était trop. Alors j’ai attendu que le bonhomme retourne chercher du matériel dans sa camionnette. Je voulais lui parler seul pour éviter qu’il ne joue le coq devant les autres. Pour qu’il m’écoute, j’ai été obligée de bloquer l’accès à son véhicule (non mais vous imaginez ça ?) Je lui ai expliqué très calmement mais fermement qu’à notre siècle, les femmes pouvaient donner des ordres sur les chantiers et faire du bon boulot au même titre que les hommes. Je lui ai dit que s’il voulait faire ce chantier (et donc empocher le billet de 10.000 euros qui l’attendait) il devait bosser avec moi. C’était à prendre ou à laisser. Il a accepté. Je lui ai tendu la main pour sceller l’accord et il l’a serrée de très mauvaise grâce.

Par la suite, la tension s’est tout de même un peu dissipée. L’homme n’était pas un si mauvais bougre que ça finalement. Au bout d’une dizaine de jours, j’ai même réussi à le faire rire !

Tout ça pour dire que le machisme, le sexisme ce n’est pas que dans la politique. C’est partout. J’ai lu qu’il fallait que la parole des femmes se libère. C’est pour ça que j’ai écrit ce post, même si, c’est horrible à dire mais le harcèlement sexuel et le sexisme, cela ne me choque même plus. C’est habituel. Plus jeune, les mains aux fesses dans les wagons bondés du métro, et les kss kss dans la rue étaient monnaie courante. Je ne parle même pas du nombre de robes achetées qui sont restées dans le placard par peur de me faire emmerder si je les portais. Avec l’âge, je constate que ce type d’agression diminue (ça a du bon de vieillir !) Et je suis une femme comme toutes les autres. Mon lot est celui de toutes les femmes. Autour de moi, je ne connais pas une seule femme qui n’ait été victime au moins une fois de harcèlement, de sexisme ou d’attouchement. C’est comme ça. C’est un fait de société. Alors oui, parlons-en, peut-être que ça contribuera à faire changer les choses. Ne nous laissons plus faire !

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